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Après plusieurs années passées éparpillée dans la froideur et l’obscurité de cartons plus ou moins errants, ma collection de jeux s’est enfin vue offrir un nid plus douillet. Elle s’expose désormais fièrement dans un meuble qui lui est spécifiquement dédié. Même mes livres sur le sujet ont pu se poser sur les étagères de leur propre bibliothèque d’un brun bien chaleureux. Cela faisait longtemps que je rêvais d’un espace consacré à ma passion, c’est chose faite !

Lors du rangement, un tri inévitable s’est opéré. En effet, j’ai réalisé que certains des jeux que je possédais ne me convenaient plus et j’ai donc décidé de me séparer d’une bonne vingtaine d’entre eux, sans aucun regret. Cet état de fait m’a inspiré cet article dans lequel je vais pointer les pièges qui attendent tout tarophile collectionneur. Si l’on tombera inévitablement, une fois au moins, dans quelques uns d’entre eux, certains sont plus facilement évitables, une fois que l’on est prévenu. D’autres encore sont comme des passages obligés à travers lesquels on pourra finalement se révéler à soi-même et mieux se connaître. Car une collection et la façon de collecter en disent long sur un collectionneur. Voici quelques-uns de ces pièges, divisibles en deux grandes catégories : Travers comportementaux personnels et tentations orchestrées par ceux à qui profite le marché . Avec, tout de même, quelques propositions de solutions simples issues de mon expérience, histoire de limiter la casse.

Les pièges liés aux attitudes personnelles :

* La précipitation : Parfois notre curiosité est piquée et notre intérêt pour un jeu croît de façon exponentielle. C’est le coup de coeur immédiat et on cède à cette pulsion qui nous ordonne de cliquer sur le bouton « acheter » ou de passer en caisse avant de ressortir de la boutique éso. Sauf qu’on n’a pas pensé à tester la force de cette attraction soudaine en la mettant à l’épreuve du temps, des critiques extérieures, et de la réalité (par manque d’informations au sujet de l’objet de son désir). Ce piège est facilement esquivable lorsque l’on s’impose un délai de réflexion, la lecture de reviews et le visionnage de vidéos et clichés concernant le jeu que l’on envisage de s’offrir.

* L’influençabilité : Vous croyez que vous vous moquez des avis extérieurs, des modes et que vous n’en ferez toujours qu’à votre guise ? Vous vous trompez ! Ou bien vous mentez…L’opinion de la tarosphère et de votre cercle d’amis tarophiles a toujours compté, ne serait-ce qu’un peu, et le reconnaître est le premier pas requis vers la rédemption. A partir du moment où vous partagez votre passion publiquement, plus précisément quand vous exposez votre collection personnelle et vos derniers achats aux yeux du monde, vous attendez forcément, même inconsciemment, un retour, un avis, une forme de reconnaissance de votre bon goût, la confirmation que vous ne vous êtes pas fourvoyé, des réactions envieuses… Ceci probablement afin de vous sentir en accord avec, comme validé par, votre communauté. En matière de recommandations de jeux, méfiez vous donc des conseils pourtant bienveillants des personnes qui pensent bien vous connaître (alors que vous n’êtes pas si proches), des critiques très (voire trop) élogieuses et enthousiastes en vous rappelant qu’un point de vue est toujours subjectif – par définition – et de l’autorité en la matière que vous accordez à plus expérimenté que vous. Pour vous en sortir, admettez le fait que vous êtes un être unique et que ce n’est pas parce-que tout le monde aime ce jeu que vous l’aimerez, vous ! Et ce n’est pas parce-que vous n’êtes pas de l’avis de tous qu’on vous appréciera moins.

* L’esprit de compétition : C’est moi qui ai la plus grande…Je ne vous fais pas de dessin. Quand on aime être le meilleur en tout, qu’on a besoin de se mesurer aux autres, c’est dans ce piège-ci que l’on tombe en premier. Pour contourner cette impasse : Développer sa confiance en soi et ne pas percevoir les autres comme des concurrents. La quantité n’a jamais fait la qualité.

* Le besoin de compensation : Quand on est frustré, que l’on est submergé par ses émotions ou que l’on s’ennuie ferme…C’est la porte ouverte aux achats compulsifs de jeux ! La recette anti-catastrophe ? Apprendre à se défouler, à se détendre, à s’occuper et à se faire plaisir autrement que par le shopping.

* Les habitudes prises : Acheter des jeux chaque mois est devenu votre routine ? Changez-en ! Rien ne vous force à consacrer systématiquement une part de votre budget mensuel à l’acquisition de tarots et d’oracles. Pour contrer ce piège, demandez-vous si vous n’avez pas plutôt besoin d’autre chose, là tout de suite avant de craquer, et reportez vos envies au mois (voire au trimestre) prochain !

* La dépendance : Là, on frise la pathologie, surtout si elle vous pousse aux transactions irraisonnées. Seule solution : Le sevrage. Cessez de fréquenter les boutiques, sites, forums et blogs spécialisés dans le domaine du tarot pour guetter la moindre nouveauté à paraître ou jeu à (re)découvrir ! Vous en amoindrirez d’autant l’impact de la tentation. Si vous passez plus d’une heure chaque jour à ces seules activités, et je ne parle en aucun cas ici d’apprentissage ou de pratique, c’est que vous avez déjà un pied dans le collet.

* L’évolution : Tout le monde change et vous aussi ! Vos centres d’intérêts et vos goûts évoluent en même temps que vous, au fil de vos expériences, de vos rencontres, de vos révélations. Le piège de l’évolution est inévitable mais celui-ci a du bon : Il contribue à forger qui vous êtes aujourd’hui et vous aide à reconnaître et à affirmer votre personnalité. Alors oui, vous finirez tôt ou tard par changer d’avis sur des jeux qui vous correspondaient pourtant totalement à une certaine époque. Mais si ce temps est révolu, eh bien, soit ! Lâchez prise et séparez vous de ce qui n’a plus lieu d’être dans votre collection !

Les pièges posés par le marketing :

* L’édition limitée : Vous êtes-vous déjà rendu compte à quel point plus une chose se fait rare et plus on la désire ? Le problème là-dedans, c’est le fait d’accorder systématiquement plus de valeur à ce qui est limité. Les éditeurs et les auteurs de jeux l’ont bien compris et la mention « édition limitée » est estampillée à presque chaque nouvelle parution, depuis quelques temps. Ce qui fait que même si vous n’êtes pas certain d’aimer un jeu, et à l’idée que vous puissiez changer d’avis plus tard, vous allez craquer illico presto, juste au cas où, parce-qu’on ne sait jamais, et que vous ne voudriez pas rater l’occasion qui se présente à vous. Si pour les éditions limitées à moins de 500 exemplaires, vous retenir vous fait effectivement prendre le risque (plus ou moins grand selon la popularité du jeu) de voir la chose vous passer sous le nez, sachez que celles limitées à 1000 exemplaires et au-delà vous garantissent quelques mois, voire quelques années, de marge. S’il y a des collectionneurs de tarots partout dans le monde, nous ne sommes pas si nombreux à partager le syndrome de la collectionnite aigüe, les mêmes goûts et priorités en matière de jeux, ni la particularité d’avoir un compte en banque blindé. Parce-que qui dit « limité » dit aussi « profitons-en pour augmenter les prix » et qu’il ne faudrait pas omettre ce détail. Le limité, c’est souvent plus cher que ce l’on oserait se  permettre autrement. Faites un pied de nez à ces profiteurs en relativisant et en testant votre attraction via, une fois de plus, l’épreuve du temps ! Fixez-vous aussi un budget à ne jamais dépasser, global ou par jeu ! De toute façon, l’impression de la seconde édition est probablement déjà en cours…

* Les versions multiples : Une version en couleur, une autre en noir et blanc, une version avec bordures, l’autre sans, sans oublier les différents formats et qualités de cartons…Diable, tout est fait pour vous faire céder à chacune d’entre-elles parce-que vous ne parvenez pas à choisir. Pour éviter ça, adoptez mon principe : On n’achète pas deux fois le même jeu, un point c’est tout ! Et si vraiment la nouvelle version vous fait de l’oeil, revendez l’autre ! Si vous vous languissez d’une autre édition, c’est sans doute que la précédente ne vous plaît plus autant.

* Le livre-guide : Soyons clairs : Un livre-guide qui accompagne un jeu, ça peut avoir son utilité, et certains sont vraiment attrayants et très bien pensés. Mais quand le jeu qu’il se propose de décortiquer à votre place est un énième clone du TDM, RWS, ou du Thot, les ouvrages originaux, ou tous les autres concernant également ces structures, que vous possédez déjà dans votre bibliothèque ne suffisent-ils pas amplement ? Honnêtement ? A moins que l’artiste ait un univers très particulier et qu’il s’éloigne des symboles conventionnels, ou encore si le livre en question n’est pas qu’une simple réplique grand format du LWB inclus avec le jeu d’origine et qu’il offre davantage que les significations de base, alors vous y trouverez peut-être votre compte. Dans le cas contraire, on s’abstient et on révise ses classiques !

* Les produits dérivés : A moins d’être ultra fan… Et encore, je ne comprends pas comment on peut trouver indispensable d’ajouter à son panier le badge, le magnet, le poster, le t-shirt, les cartes postales, et j’en passe. Ca n’ajoute strictement rien à votre étude du tarot ou à vos tirages. Même quand c’est gracieusement offert, ça m’embête. Parce-que, la plupart du temps, bien que je trouve le geste sympa, je sais que ça finira tôt ou tard à la poubelle. Je n’aime pas m’encombrer d’un tas d’objets inutiles qui n’ont leur place que dans la coupelle de piles usagées, de vis et de pièces rouges. Ma seule recommandation : N’achetez que ce que vous êtes sûr d’utiliser !

* Les apparences trompeuses : Vous avez vu des photos de ce jeu sur la toile, lu des critiques a priori assez objectives et plutôt favorables à son égard. Vous craquez et malheur après réception ! Au moment de déballer et d’explorer le contenu, vous vous apercevez de sa médiocre qualité : Certes il est beau, bien pensé, vous convient et aiguise votre curiosité… Mais la production laisse franchement à désirer. Les images rendent rarement compte de la qualité et les chroniqueurs n’abordent pas toujours ce point. Aussi, ne comptez surtout pas sur l’éditeur pour avouer son crime ! S’il y a bien un piège qui tue, c’est le détail, quel qu’il soit, qui, si nous en avions eu connaissance préalable, nous aurait fait renoncer à cet achat. Déception et frustration garanties. A noter que les jeux créés pour le marché de masse sont plus souvent concernés par ce problème. J’ai régulièrement été déçue par les grandes maisons d’édition reconnues (presque jamais par les jeux auto-édités), abordabilité du produit fini oblige, mais ce n’est pas une règle générale. Une fois mais pas deux, on ne vous y reprendra plus ! Maintenant, vous avez repéré les maisons d’édition merdiques qui sacrifient la qualité au coût de production et prenez soin de les éviter comme la peste.

* Le jeu qui vieillit mal : A mon avis, les jeux entièrement créés sur ordinateur sont ceux qui souffrent le plus de ce désagrément. Si je vous parle du Sacred Circle Tarot, du Philosopher’s Stone Tarot, et même plus récemment du Gilded Tarot, ça vous évoque quelque chose ? C’est de ce type de jeu dont je parle. Sur l’instant, c’est le top, mais les années passant, on se rend compte que le design du jeu est dépassé et qu’il n’a plus beaucoup de gueule. Ca laisse même parfois une impression de laideur extrême (le deuxième jeu cité en est un bon exemple selon moi, berk !). L’astuce ? Se souvenir que ce genre de chose arrive et tenter d’imaginer à quoi ça ressemblera dans quelques années. Les gamers connaissent bien ce phénomène. On observe ça aussi avec les effets spéciaux au cinéma. Pour ma part, j’éviterai à l’avenir les jeux utilisant ce type de technologie, même si certains vieillissent bien.

J’espère que cet article, à mi-chemin entre témoignage et conseils, vous aura apporté matière à réflexion.

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